jeudi, 01 mars 2012
Billet d'humeur.... changeante !
Anne Roumanoff et les fables de La Fontaine

Encore un coup médiatique ! ai-je ronchonné en découvrant cette nouvelle collection dédiée aux fables de La Fontaine sous l'égide d'Anne Roumanoff. Atlas aurait-il épuisé le filon Marlène Jobert pour faire désormais appel à une humoriste bien connue des parents (acheteurs) ?
J'écoute donc à reculons (et sachez que ce n'est pas facile d'écouter en en marchant en arrière). Qu'est-ce qu'elle nous fait Anne Roumanoff ? Elle nous rebidouille une histoire à partir d'une fable de La Fontaine pour nous amener sur un plateau le texte de notre bon vieux fabuliste ... mais finalement, j'ai trouvé ça vraiment bien. (Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, comme chacun sait).
Bien sûr ces histoires sont faites sur mesure pour introduire la fable originale (pas si facile d'accès pour des enfants avec son vocabulaire du XVIIème siècle). Elle transpose ainsi « Le lièvre et la tortue » dans le cadre d'une classe d'aujourd'hui (assez joliment croquée), invente une hilarante histoire de fromager pour « Le corbeau et le renard » et réussit de croquignolets portraits d'ados mijaurées pour « La cigale et la fourmi ».
J'ignore si elle a elle-même des enfants, mais elle sait parler de leur monde ou retrouver tout simplement son esprit d'enfance. Elle est enjouée, rigolote, souriante, et si on retrouve dans ses histoires des voix des personnages qu'elle a déjà mis en scène, ce n'est guère gênant, bien au contraire.
Trouverait-on ces histoires aussi succulentes, si on les lisait simplement dans le livre... ou si quelqu'un d'autre nous les racontait ? Certainement non.
C'est une raconteuse professionnelle, Anne Roumanoff. Elle nous embobine avec son bagoût, mais on ne peut faire rien d'autre que l'écouter.
Maintenant, Il faut espérer que la collection ne tirera pas trop sur la corde. Ces trois premières histoires sont vraiment sympathiques, peut-être ne faudra-t-il pas trop exploiter le filon sous peine de lassitude. Pour l'instant ne boudons pas notre plaisir et partageons-le en famille.
Anne Roumanoff: Phildebert le lièvre et Huluberlue la tortue
Marie-Chantal la cigale et Eugénie la fourmi
Théo le corbeau et Maître Renard
Trois histoires parues chez Atlas
Albums illustrés par Grégoire Mabire
paru le 2 novembre 2011
Coup de coeur
Susie Morgenstern : La chemise d'une femme heureuse
ill. Batia Kolton, réalisation de Louis Dunoyer de Segonzac

Actes Sud junior, livre-CD
paru le 2 novembre 2011
En dépit de l'amour que lui porte son mari, le roi Georgieporgie XIII, la reine Annabellastella dépérit et refuse qu'il la touche... et donc... pas de descendance. On conseille au roi de divorcer, il refuse. La solution (inattendue ) passera par la gourmandise et les gâteaux et surtout.... le pâtissier !
Autant le dire tout de suite la conclusion de ce conte de sagesse n'a rien à voir avec le politiquement correct et c'est bien ce qu'on aime chez Susie Morgenstern. Elle dit son propre texte avec une gourmandise et une sensualité qu'elle fait passer avec infiniment de grâce ; et son accent ajoute un charme supplémentaire à son interprétation.
Soulignées d'un fin trait noir et dans des tonalités vertes, brunes et mauves, les illustrations du livre rappellent des images du début du XX ème siècle. Elles ont le même charme suranné que les chansons qui jalonnent l'histoire et qui, avec leur accompagnement au piano, ont un petit parfum de mélodie française, même si elle flirtent beaucoup avec le jazz.
A partir de 7 ans
J'ai bien aimé aussi
Guy Jimenes : Noar le corbeau
illustration Amélie Jacobsky , réalisation de Ludovic Rocca
raconté par Charo Beltram Nunes,
Benjamins média, collection taille L, livre CD
paru le 14 octobre 2011
Victime d'un mauvais sort, le bûcheron Joël se transforme, la nuit tombée en Barbedogre, tueur de corbeaux... Noâr se retrouve prisonnier dans son antre...
Trois bonnes raisons d'apprécier ce livre-disque :
D'abord l'histoire qui est plus complexe qu'on ne pourrait croire : l'affreux Barbedogre, tout méchant qu'il est, n'est au fond qu'une victime et c'est en dominant sa peur que Noâr va délivrer son bourreau de la malédiction qui pèse sur lui et rendre la vie à la clairière.
Ensuite la récitante : Charo Beltram Nunes dit ce conte d'une voix grave et ronde. Sans jamais nuire à l'excellence de sa diction claire et précise, son léger accent sud-américain qui fait sonner les consonnes ajoute un charme supplémentaire au récit.
Enfin, et c'est peut-être le plus réussi : la mise en scène sonore qui raconte parfois autant que la voix de la récitante : des bruitages agencés dans des séquences qui permettent de suivre les personnages et une guitare blues qui intensifie les moments dramatiques. Il est vrai que Benjamins média s'adresse aussi à un public d'enfants mal-voyants qui n'ont pas accès aux illustrations de l'album
Une très belle réalisation
A partir de 6 ans
Catherine Zarcate : Salomon et la reine de Saba
Oui Dire, 3 CD
Paru en 2010 (l'enregistrement date de mai-juin 2010)
Voilà des années que Catherine Zarcate porte en elle cette histoire mythique ; elle la raconte depuis 1986, et pour l'écrire, elle a compulsé des masses de documents dont elle donne la bibliographie (abondante) sur la pochette du disque. Ce conte venu du fond des âges fait appel à des traditions juives (pas seulement bibliques), mais aussi soufies, persanes et éthiopiennes. En fait c'est un kaléidoscope d'histoires qui mettent en avant la sagesse du grand roi Salomon. Tous les récits convergent vers sa rencontre et son union avec une autre personnalité exceptionnelle : la reine de Saba.
La parole de Zarcate fait image : on voit la reine, vouée à la virginité dès l'enfance, traverser la piste d'or à la rencontre de celui qui va l'en délivrer.
Il y a un petit arrière-fond féministe dans cette épopée et Catherine Zarcate déclare par ailleurs avoir « délibérément choisi [les histoires] qui étaient cohérence avec la paix dont le roi porte le nom. »
La conteuse est royale, somptueuse, magnifique comme d'habitude. On l'écoute au fil des trois CD (près de trois heures) sans aucune lassitude. Son racontage est ample, tranquille : c'est un fleuve qui avance majestueusement mais inexorablement.
La musique qui utilise des instrument exotique constitue autant une respiration dans le récit qu'un dépaysement. La conteuse s'accompagne à la tempura dont la fascinante sonorité nous entraîne sur le tapis volant de Salomon..
On peut écouter de bout en bout (pas de lassitude), mais aussi par épisodes (la plupart peuvent être écoutés séparément)
Pour tous à partir de 10 ans
Jacques Ferron : L’amélanchier.
adapté Denis Côté raconté par Johanne Marie Tremblay. Album illustré par Anne Sol
Planète rebelle (Collection Conter fleurette)
paru le 11 mars 2011
Souvenirs d'enfance de Tinamère de Portanqueu qui vit entre sa mère Edna et son père Léon avec qui elle entretient une relation privilégiée. Celui-ci fait la différence entre le « bon côté » des choses (le jardin, la maison) et le « mauvais côté » des choses (la rue, le monde extérieur).
C'est la réécriture d'un conte pour adultes créé en 1970 par un auteur très populaire au Québec. Si l'auditeur ou lecteur européen n'a pas toutes les clés pour appréhender cette histoire, il peut cependant en apprécier des aspects universels : la quasi-symbiose des personnages avec la nature, la vie surprotégée et l'émancipation finale de cette enfant unique. Coincée entre ses deux parents, la petite fille ne peut s'échapper que par des rêveries autour de Charles Dodgson et des personnages d'« Alice au pays des merveilles ».
Sur fond de paysages sonores qui replacent le récit dans son atmosphère rurale, Johanne Marie Tremblay - pointe d'accent québécois et élocution très claire - nous fait entrer dans cette histoire pas si facile d'accès qu'on n'appréciera vraiment que si l'on est en mesure de faire un recul sur sa propre enfance.
A partir de 11-12 ans

